Les initiatives regroupant Phygital et IA sont encore peu nombreuses en France. Le marché est en train de créer ses propres cas d’usages et parfois essuie les plâtres. Dans ce contexte, l’application lancée par L’Oréal se démarque par son originalité et par sa mise sur le marché rapide.

En coulisses, trois algorithmes ont été entraînés à partir de 10 000 images d’essais cliniques sur le vieillissement de la peau. Les marques La Roche-Posay, Vichy et Biotherm ont été les premières à bénéficier de cette innovation, avec les déclinaisons baptisées Spotscan SkinConsult AI et Skin Age Scan.

“L’objectif est d’automatiser – et donc de démocratiser les analyses de peau. Nous répondons ainsi partiellement au problème d’accessibilité des dermatologues.”

Vincent Arcin, Directeur de la Digital Services Factory

Le Phygital comme moteur d’innovation

Ce nouveau service est réservé au domaine de la beauté. Il ne s’agit pas de diagnostiquer une pathologie. Bénéficiant de plus de 15 ans de recherche en dermatologie, L’Oréal a développé cette innovation pour ses propres marques, en partenariat avec la start-up canadienne ModiFace (spécialisée dans l’IA et la réalité augmentée) que le groupe a acquise en 2018.

«Notre mission est d’imaginer de nouveaux services et expériences pour les 36 marques du groupe, explique Vincent Arcin, directeur de la Digital Services Factory. Plus de 500 projets de services ont été lancées à ce jour… Avec ce projet-là, l’objectif est d’automatiser – et donc de démocratiser les analyses de peau. Nous répondons ainsi partiellement au problème d’accessibilité des dermatologues.»

Le pays-pilote était le Canada et ce service est maintenant disponible dans une dizaine de pays. Les modèles d’IA ont été entraînés sur 10 000 photos et se sont exercés à rester précis dans quatre conditions d’éclairage différentes. Des dermatologues les ont ensuite testés. Neuf brevets et trois publications scientifiques sont aujourd’hui associés à ce service. L’innovation, installée directement sur les sites Internet des marques, évalue la peau selon 7 signes de l’âge.

Puis, il demande à l’utilisatrice d’indiquer son âge et le niveau de sensibilité de sa peau. L’algorithme indique alors les forces et faiblesse de la peau, ainsi qu’une série de recommandations : quelles crèmes, pour quelle routine beauté. «Nous proposons la solution en marque blanche. Chaque enseigne du groupe peut l’adapter à son offre et décider de valoriser tel ou tel signe clinique. Ainsi, avec Spotscan, La Roche-Posay s’est attaquée au problème des imperfections.»

IA & Phygital : l'exemple de Skin Genius de l'Oréal
IA & Phygital : l’exemple de Skin Genius de l’Oréal

Pour des raisons de confidentialité et de transparence avec les clientes, les selfies ne sont pas conservés. Les peaux masculines sont en cours d’intégration et d’autres signes de la peau devraient bientôt arriver sur le marché.

Le service est également disponible chez certains retailers comme TMall, du géant chinois Alibaba, ainsi que sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, WeChat.

Enfin, la solution a également été élargie au point de vente et est devenue une aide à l’analyse de peau à destination des conseillères beauté. Dans l’immédiat, les résultats sont très satisfaisants : «L’engagement a significativement progressé. Les clientes passent cinq fois plus de temps sur le site, nous avons multiplié la conversion par trois et le panier moyen par deux.»

« Les services sont un élément moteur de la transformation digitale. » . Nous en sommes convaincus, conclut Vincent Arcin.

“Ce projet n’est pas seulement un projet purement Tech, c’est aussi un projet Phygital innovant à vraie valeur ajoutée.”

Vincent Arcin, Directeur de la Digital Services Factory

«Dans une logique d’expérience omnicanale, les services sont la clef de la personnalisation. C’est ainsi que l’on se différencie. En termes de communication, nous lançons chaque nouveau service comme s’il s’agissait d’un nouveau produit, dans une volonté d’acquisition. Nous avons pris une longueur d’avance sur l’analyse de peau, mais bien sûr nos concurrents travaillent sur le sujet : l’important est de vraiment aider l’utilisateur, de lui pousser un contenu pertinent… et d’être capable de s’implanter partout, sur Internet aujourd’hui, sur des bornes en magasins demain. »

Cet exemple est issu de l’ouvrage Digital Synergies 2020, remis à l’occasion de Digital Innovation 2019.

Dans ce livrable, nous présentons près de 30 projets innovants, découpés en deux chapitres : «Améliorer l’expérience client» et «L’écosystème augmenté». Ces initiatives concernent un maximum de secteurs d’activité et font appel à des technologies variées, du Machine Learning au canal vocal, en passant par le Lifi et les hologrammes.