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Arnaud Cantet


Interview Patrick Hoffstetter, Renault

 

 
- Qui êtes-vous ?
J’ai 44 ans et je travaille depuis 3 mois comme Directeur de la DIGITAL FACTORY du Groupe Renault qui recouvre au niveau international les problématiques de marketing et communication digitale, de e-commerce et de services multimédia embarqués dans les véhicules.
 
- Par où êtes-vous passé pour en arriver là (études + expériences professionnelles) ?
 
Diplômé de HEC, j’ai œuvré, en début de carrière, à New York, au sein de Rail Europe Groupe, filiale de la SNCF. De retour sur le Vieux Continent, j’ai pris les rênes du développement d'Eurostar, à l'époque «laboratoire de 20 personnes au milieu de la SNCF », avant d'être promu directeur de la stratégie internationale du groupe. L'année 2000 m’a permis d'ajouter à mon arc une corde high-tech : chez SFR tout d’abord puis Yahoo!, où j’ai dirigé les produits et services entre 2005 et 2007. Puis, alors que j’avais créé NewMedia360, ma propre structure de conseil, Lastminute.com est venu me chercher en juillet 2008 pour prendre les commandes de la France puis en 2009 de l’Europe. Avant de rejoindre donc Renault, il y a quelques mois.
 
- Dans votre carrière, grâce à quoi avez-vous le plus appris ? Un mentor ? Une formation continue ? Un échec ? Etes-vous un autodidacte ?
 
Je ne suis pas un autodidacte. J’ai effectivement suivi des gens, des mentors, tout au long de ma carrière. Des patrons charismatiques et variés….j’ai également eu de la chance, celle d’être dans des entreprises intéressantes, disposant de moyens à un moment clé de leurs évolutions. Je crois avoir eu quelques succès, quelques échecs…et effectivement tout cela constitue un apprentissage.
 
- Internet a généré de nouveaux types de business, de nouvelles compétences et expériences. Comment avez-vous su/pu prendre le train en marche ?
 
J’ai pu prendre le train en marche je crois grâce à ma passion. J’ai initialement travaillé sur le mobile, puis sur le web et enfin sur la digitalisation d’une marque. Parfois, un peu en avance de phase, cela oblige à être agile intellectuellement et à développer une curiosité permanente. Aujourd’hui, ce n’est pas dans les formations que l’on apprend. Homme de marketing au départ, j’essaye d’être la voix du client. 
 
- Quel est le coup de pouce, l’opportunité qui fait que l’on passe de l’opérationnel au décisionnel ? Vos conseils pour se donner les moyens ?
 
Il n’y a jamais de hasard. Sans le planifier, il faut pouvoir maitriser ses sujets et faire ses preuves. Il faut également savoir susciter les opportunités au sein d’un univers en mouvement. Ensuite, il y a la confiance avec un patron….Par deux fois, je me suis aventuré dans le monde du conseil et suis également Business angel ce qui permet de partager le quotidien de start-up et de rester connecté. Maintenant ; les «purs » entrepreneurs ont du mal à accéder à de tels postes au sein de grands groupes.
 
- Sur le marché de l’Internet, on parle de pénurie de compétences. Une fois qu’on a roulé sa bosse comme vous dans plusieurs directions digitales, toutes les portes s’ouvrent-elles ? Peut-on atteindre des salaires indécents de par cette pénurie ? Êtes-vous souvent chassé ?
 
Oui il y a une pénurie à tous les niveaux : la demande est énorme et les compétences réelles sont rares. De plus les métiers sont récents et il n’y a pas vraiment de formation spécifique. On voit une pénurie encore plus forte à Londres par exemple où les salaires explosent…. Du coup, on est effectivement approché par des sociétés qui acceptent plus facilement sur ce type de poste de faire une entorse à leur grille de salaire type.
 
- Quelles sont vos missions au sein de votre société ?
 
Les missions sont multiples puisqu’il s’agit à la fois de définir une stratégie digitale pour le Groupe, d’y appliquer une organisation et des moyens, de déployer une roadmap cohérente, coordonner les activités, contrôler la performance et la qualité et enfin contribuer à la pédagogie Internet dans une dimension innovation et R&D.
 
Ainsi le poste est à la fois orienté communication et e-commerce mais dispose également d’une dimension « service » avec les sujets de voiture connectée ou d’Internet « on board ».
 
Je fédère aujourd’hui la Digital Factory au sein de Renault et encadre environ 100 personnes au siège (internes + prestataires) et coordonne 100 personnes réparties sur nos 60 pays.
 
- Pouvez-vous nous raconter une de vos journées types ?
 
Il n’y en a vraiment pas…C’est un des principes du digital.
 
- Lorsque vous recrutez un collaborateur pour vos équipes, quelles sont les qualités et compétences requises, quel est l’ADN de votre équipe ?
 
La clé est une combinaison de compétences marketing digital pointues, de gestion de projet, de vision technologique et analytique. Ensuite l’ADN de l’équipe est faite de complémentarité, d’expertise métier (à la fois automobile et digitale), d’esprit d’équipe, de curiosité et d’aptitude pédagogique.
 
- Avec l’évolution permanente des nouvelles techno et nouveaux médias, comment fait-on pour rester dans le coup ? Coach, agence, cellule de veille, formation….
 
Il faut ouvrir ses 4 oreilles ! C'est-à-dire échanger en permanence avec ses agences, être en permanence « ouvert » sur l’extérieur, développer son networking et se positionner en veille.
 
- Aujourd’hui peut-on faire du web-marketing, du e-commerce sans Facebook, Twitter ou Google ?
 
Sans Google, non. On est obligé d’en tenir compte. Facebook devient de plus en plus incontournable, mais cela dépend de la stratégie que l’on souhaite avoir. Concernant Twitter, je suis plus dubitatif car l’impact business est faible.

- Pouvez-vous nous donner une vision prospective sur les évolutions de votre métier ?
 
Sur les trois familles de métier, on peut en effet percevoir quelques évolutions. Au niveau de la communication tout d’abord, il y a une révolution du monde des médias car les campagnes sont d’abord digitales. Ce qui sera de plus en plus le cas avec la TV connectée. Au niveau du e-commerce, on va de plus en plus parler de multicanal. Quand au monde de l’embarqué dans l’automobile, c’est là que se situeront les évolutions les plus importantes !
 
- Avez-vous des envies/idées entrepreneuriales ? 
 
Pas une en spécifique, mais je garde ma casquette Business angel.
 
- Qu’est ce qui vous plait le plus dans votre métier ? Et le moins ?

Notre métier est une stimulation intellectuelle permanente, tant en interne qu’en externe, avec un rôle mixte de conseil et d’opérationnel.
A l’inverse, ces métiers peuvent être perçus de manière anxiogène car ils sont disruptifs. De plus, de nos jours, quand on travaille au sein d’un grand groupe  international traditionnel, on n’est pas réellement en position de mainstream, mais davantage dans une position où l’on impulse le digital…
 
- Si vous aviez dû refaire, défaire quelque chose de votre parcours, qu’est-ce que cela aurait été ?
 
J’ai la chance d’avoir apprécié tous mes postes et employeurs. J’ai parfois fait des choix radicaux que je ne regrette pas. Cela m’a permis de rejoindre des acteurs majeurs (comme la SNCF, Vivendi ou Yahoo! et maintenant Renault) ou bien de partir à l’étranger…  

 

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Arnaud Cantet

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